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Véritable creuset du rock provincial, la scène Roannaise se distingua dés 1961 avec bon nombre de jeunes groupes qui animent régulièrement fêtes votives, galas champêtres, kermesses paroissiales face à une certaine frilosité de dancings réputés, jouxtant les bords de Loire, qui accordent alors plus volontiers leur crédit au conformisme d'une clientèle endimanchée qui taquine le triolet tout en savourant la candeur émoustillante du carreau Vichy virevoltant !
Souriante citée ouvrière de 53.000 habitants, traversée par la nationale 7, Roanne est alors une ville étape agréable où il fait bon cheminer dans le dédale des rues zébrées de néons multicolores avant de rejoindre son kiosque ombragé à quelques encablures de la gare.
Ce parcours atypique emprunté par des générations de Roannais nourrit bien des souvenirs plus spécialement ancrés au 6, Cours de la République, où se dressait Le Palais des Fêtes, vaste salle de 1.150 places qui accueillait chaque saison une programmation très éclectique où l'on découvre tour à tour comédies de boulevard, ballets, opéras, opérettes, revues locales et spectacles de variétés.
Ce lieu mythique avant de se métamorphoser en complexe cinématographique impersonnel et aseptisé bouscula sans aucun doute un certain conformisme douillet et de bon aloi en proposant le 16 Mai 1961 l'emblématique concert des Chaussettes Noires après une revigorante première partie présentée par l'humoriste Philippe Parmentier. Un concert mémorable qui suscita bien des remous et les balbutiements des premiers groupes Roannais , dont le renommé Bob Charly, qui s'illustra en décembre 1962 sur le tremplin du Golf Drouot aux côtés du fougueux El Toro entouré des Cyclones. Cet air nouveau qui nous vient de là bas engendra au rythme du twist une vingtaine de groupes qui s'opposent régulièrement dans une multitude de tournois orchestrés par les sponsors les plus inattendus comme l'atteste la finale de la Reine des Logis de France qui se déroule pompeusement au Palais des Fêtes.
Un évènement longuement relaté dans la presse locale où Les Anges (de Riorges) écrasèrent « Les Araignées » ! (voir le compte-rendu de ce concert sur le blog des Mystères)

...Les Costel's, Les Anges, Les Spitfires, Les Dauphins, Les Thunders, Les Sympa, les Bons Copains, Les Pacifics complètent partiellement l'inventaire éloquent de cette première vague de pionniers bien ancrés dans les mémoires roannaises même si aucun enregistrement ne permet de retrouver la spontanéité de répertoires influencés par E.Cochran, Gene Vincent, Chuck Berry ou les incontournables Shadows.
Une déception amère confortée par un courrier de C.Correaud (Bob Charly) au label régional J.B.F., le 30 Mai 1963 où nous apprenons que suite » leur passage au Golf, Henri Leproux séduit par l'originalité de leur répertoire » retenu Les Young Stars de Bob Charly pour les éliminatoires du grand Jamboree de La Guitare d'Or, qui se déroule » l'Olympia du 1er au 3 juin .Une invitation finalement neutralisée par un concert prévu à Lyon, le 2 juin, avant d'abandonner toute ambition discographique qui nous aurait sans aucun doute permis de découvrir l'exotique Twist » l'Espagnol qui déchaina le public du Golf !
Face à ce solide combo, bien implanté, un autre groupe phare ne tarde pas à investir la scène Roannaise fin 64. Comme l'atteste avec fierté Le Dauphiné Libéré, évoquant avec délectation ...
Les Cobras, de Charlieu :

"Six gars bien tranquilles, étudiants ou ouvriers qui se retrouvent chaque soir dans un étroit local pour écouter leurs disques préférés tout en se perfectionnant sans cesse au mieux de leurs possibilités."

Une carte de visite plutôt sympathique pour un groupe résolument Rock dont la première prestation se déroule au cinéma Le Foyer, rue Cacherat, en attraction d'une soirée Théâtrale animée par Les Compagnons de St Nicolas.

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Page 1 de l'article du Club n°25 (1998) DR

Un répertoire minimaliste de trois ou quatre titres se souvient le soliste Jean-Louis Coquet, avec une version complètement débridée de Good golly Miss Molly, plutôt bien accueillie
par le public Charliendin ravi de découvrir l'étonnante conviction de ce groupe local où l'on reconnait Hervé Pollet (guitare accompagnement), Loulou Demure (basse), Michel Verchère (chant), Wojtalik (batterie) et l'incontournable J.L.Coquet (soliste) dont le jeu démoniaque suscite bien des convoitises.

Aux premiers galas champêtres sous l'égide de la paroisse St Roch (sic) et aprés quelques prestations de voisinage: St Bonnet de Cray, Pouilly Sous Charlieu, Les Cobras ont décidément le vent en poupe et les faveurs de la presse locale qui dresse alors un portrait amusant et pittoresque des éléments du groupe: Loulou Demure (saxo) déteste l'école et les pions. Il rêve d'une Triumph et roule à vélo, adore le flipper, le rock and roll et Antoine ... Michel Verchère (chant) boulanger: ressemble » Eddy Mitchell et interprète les chansons de Johnny. H. Pollet ( rythmique) apprenti radio électricien : adore les cheveux longs et les Stones.

batteur cobras
Jean-Paul Becaud, second batteur des Cobras (© Photothèque Club des années 60/Rockaroanne)

Cobras RN7 Roanne
J.L. Coquet - M. Coavoux au RN 7, route de Paris, Mably (© Photothèque Club des années 60/Rockaroanne)

Ancien scout, amoureux du camping Jean-Paul Bérerd est un footballeur confirmé qui taquine la basse depuis deux ans, tandis que le batteur: Jean-Paul Bécaud, benjamin du groupe, est un fan inconditionnel des Cobras dont le leader : Jean-Louis Coquet semble connaître quelques mésaventures scolaires! Laissons les donc vivre, jouer, chanter et danser à satiété que l'on ne tarde pas de découvrir à l'affiche des plus célèbres clubs : Les Caraïbes (Cours), le King (Thizy), tout en animant régulièrement la Cabane bambou, véritable refuge des inconditionnels de Rock non frelaté qui accueille chaque week-end les meilleurs combos de la région. Sans concession Les Cobras puisent intensément dans le répertoire des Stones, Them, Beatles, Kinks, Eric Clapton tout en bannissant le versant variété.
Jean Paul Coavoux
M.Coavoux -Theatre de Roanne 1968. (© Photothèque Club des années 60/Rockaroanne)

« Nous n'étions pas un groupe de balochards confie avec détermination Jean-louis Coquet. Nous aimions le Rock incisif et sans fioritures avec tout ce qu'il d'engagé, d'énergie, de vitalité ou de violence . De nombreux groupes ont accepté des compromis pour assurer un maximum de contrats sous des chapiteaux itinérants en animant fêtes foraines, bals de classes, etc. Cet objectif était incompatible avec notre option de puristes. D'ailleurs nous n'avions aucune difficulté à trouver de bonnes salles pour jouer la musique que nous aimions et nous sommes restés à l'affiche des Caraïbes toute une saison. Une performance ! »
 En 1968 un nouveau challenge impose véritablement Les Cobras dont le staff est désormais réduit à quatre éléments: Jean-louis Coquet, F. Bererd, Loulou Demure , étoffé d'un organiste recruté quelques mois avant le Concours National des Jeunes Orchestres qui se déroule dans le cadre bucolique de Thoissey les 6 et 7 juillet 1968. Organisé par l'O.R.T. F. ce trophée bénéficie d'une promotion nationale sur les ondes de France Inter avec le  samedi soir la finale du Grand prix de la Chanson Française avant d'acclamer Gérard Lenorman puis le show magistral de Johnny accompagné par Les Blackbirds. Un spectacle mémorable qui permet aux Cobras de jouer en première partie de Johnny, en accompagnement d'un finaliste de ce grand Prix: Yves Guérin, avant d'affronter dés le lendemain les éliminatoires du Concours d'Orchestres avec le célèbre The Letter des Box Tops. Une prestation réussie qui anticipe une dissolution imminente des Cobras appelés sous les drapeaux dés la fin de l'été.

La suite avec... les Mystères

Réformé du service, Jean-Louis Coquet rejoindra sans hésitation Les Mystères, autre célèbre combo local formé en 1964 qui dispense également un répertoire très récurrent tout en glanant un palmarès envié.
Maurice Coavoux (guitare), Jean-Luc Chaize ( claviers, orgue), Bernard Orgaer (batterie), Michel Chatre (basse) et Jean-Louis Coquet partageant une égale passion pour le rythme investissent alors les meilleures scènes de la région: Le R.N. 7, Le Phréatic avant de rallier Vichy (Le Greenfield) ou encore la célèbre "Ménagerie" à Clermont-Ferrand.

Talonnés par une ambition discographique ils enregistrent en décembre 68, dans un studio Roannais une maquette deux titres susceptibles de favoriser leurs démarches auprès des maisons de disques.
Un hommage appuyé au rock traditionnel: Long Tall Sally couplé à un original signé Maurice Coavoux : « Le Palais Des Mille Et Une Nuits ». Ces titres revendiquent assez fidèlement la pluralité du groupe dont les différentes influences évoquent parfois un rock progressif assez élaboré, sans doute inspiré par une excellente culture musicale.

Mystères1964
Les Mystères en 1964, à la Potinière, à l’occasion d’une fête organisée par les étudiants correspondants anglais et français.
(© Photothèque Club des années 60/Rockaroanne)

Robert Bonnet (dit Bob) accorde sa guitare, Maurice Coavoux au milieu, Michel Châtre à la Basse
et Bernard Orgaër à la Batterie.


Nanti de cette précieuse maquette et chaleureusement recommandé par le compositeur Pierre Cour, dont le hit récent L'Amour est Bleu, interprété par Vicky Leandros , défendait les couleurs du Luxembourg lors de L'Eurovison 67 , le M.I.D.E.M. paraît être un terrain d'investigation particulièrement propice pour favoriser des rencontres et concrétiser ce projet discographique qui permettrait aux Mystères d'envisager une carrière nationale, tout en assurant la pérénnité de compositions originales signées par le très créatif Maurice Coavoux. Ce millésime 69 du M.I.D.E.M n'accordera hélas qu'une oreille très distraite au sympathique combo Roannais.
Sans rancune et même avec une certaine fierté, ce dernier assiste lors du gala de clôture du festival à une éblouissante prestation de Joe Tex... avec leur matériel !
De retour à Roanne un nouveau patronyme The Big Birds est adopté, courant 69, sans véritablement changer l'option récurrente du groupe dont l'ossature originelle: M.Coavoux , J.Louis Coquet, L. Demure est inchangée, prouvant ainsi une parfaite cohésion que l'on peut apprécier lors d'innombrables concerts avant de mettre un terme à cette belle aventure en 1970.
Désormais ils s'expriment séparément au sein de groupes réputés: Point Zéro, Contact, M. Gilbert ...

Une brève apparition, en 1981, lors de deux spectacles (Mably, Riorges) en première partie de Pierre Péchin, laisse augurer de revivre bientôt le Bon Temps du Rock'n'Roll avec une possible reformation qui se concrétisera finalement en 1995 avec un personnel quasiment identique: J.L.Coquet, L.Demure, M.Coavoux , Jean-Luc Chaize, épaulés de Christian Riollet (chant) et Alain Poyet (batterie). Une passion nullement altérée comme l'atteste les quelques standards musclés plaisants à redécouvrir sous les lambris de l'European Dancing à Pouilly Sous Charlieu.

Club25

Article paru originellement dans le Club des années 60 n° 25
(Mars 1998 : Marc Liozon et l'aide précieuse de Jean-Louis Coquet)

Reproduit avec l'aimable autorisation de son auteur,  et quelques retouches de votre serviteur.



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